Dans une discrétion désarmante propre à l’humilité des gens de la Margeride, Le Malzieu fut pourtant une « poche de refuge » durant les années sombres. Il est toujours difficile d’appréhender les facteurs multiples qui conduisent certains territoires à offrir des formes collectives d’aide et de refuge. Il semblerait pour reprendre les conclusions de Patrick Cabanel dans son ouvrage référence sur les Justes en France, qu’une des explication « se trouve à l’échelle de presque tout le territoire, toutes zones confondues, dans la profondeur d’un peuple de simples gens qui prêtaient encore attention aux prêtres, aux religieuses de l’école de filles, aux instituteurs secrétaires de mairie, aux maires, aux châtelains et, plus généralement, à ces voisins dont l’opinion compte, parce qu’ils ont des terres ou une réputation, ou qu’on leur reconnaît, librement, une forme de suzeraineté intellectuelle ou morale. ». C’est cette constellation d’hommes et de femmes ayant soutenu la protection de plusieurs proscrits (réfugiés, Israélites, résistants, réfractaires au STO…), qui fait peut-être la singularité du Malzieu. Cette expérience solidaire et humaniste se cristallise très vite autour d’un triumvirat notable et reconnaissable par tous. Le Maire tout d’abord Pierre Delmas, mais aussi le chef de la brigade de gendarmerie Marcellin Cazals, ainsi que le docteur Marc Monod. Au total c’est plus d’une centaine d’ israélites qui vont être camouflés au Malzieu ou dans les environs. Dans cet isolat margeridien, des prises de position claires ont trouvé un écho dans la population . Gestes éphémères, mais également durables ces exemples se rejoignent pour constituer le principal étalon mémoriel de la Résistance civile à la Shoah. Une histoire de mains tendues et anonymes qui ont délaissées la guerre mais sans oublier ses péripéties ravageuses. Ils témoignèrent d’une « banalité du Bien » souvent éclipsée. Pour eux, l’action altruiste jaillissait du plus profond de leur être comme une obligation à laquelle ils ne pouvaient se soustraire, porteuse sans doute de dangers considérables, mais qui n’avait rien de sacrificiel, et qui, en s’engageant de la sorte,ne renonçaient ni à leur être ni à leurs intérêts profonds. Ils y répondaient, tout au contraire, dans une parfaite conformité et fidélité à eux-mêmes. Plus de quatre vingt ans après, cette éthique en action semble toujours d’une étonnante et clairvoyante actualité.
