L’irrigation gravitaire en pays bourniquel

             L’irrigation gravitaire est répandue sur l’ensemble du département et pour conduire l’eau on emploi suivant les secteurs les mots : canal, beal, besaou ou raze. Lors de la conférence de Jean-Louis Maurin « L’irrigation gravitaire en pays bourniquel » on découvre comment dans ces vallées de l’Altier, Borne et Chassezac l’irrigation gravitaire y constitue une spécificité. Dans ces Cévennes vivaraises, on avait aplani le territoire avec des terrasses, appelées ici accols, protégé les villages des déluges cévenols avec des arjals ou des délugières. Restait à avoir de l’eau pour l’irrigation, en particulier en période estivale, lorsque les ruisseaux s’assèchent. Ces terroirs situés entre 300 et 400 mètres d’altitude, où le châtaignier est roi, sont souvent préservés d’un hiver rigoureux et l’apport d’irrigation allait en faire le jardin de la Lozère. Quelques canaux existaient dès le XVIe siècle, ils n’excédaient pas deux kilomètres. En 1853 avec la création du canal de Balémo, pour conduire l’eau à Planchamp sur près de 8 kilomètres à travers une nature difficile, on amorçait l’âge d’or des canaux.

            Unis dans des collectifs avec des financements et des droits de l’eau régispar actes notariés ou sous seing privé, les agriculteurs allaient mettre en place des canaux capables de desservir plusieurs villages. La maîtrise montrée dans la réalisation du canal de Balémo, allait faire des émules dans les vallées. Désormais les agriculteurs à la fois bâtisseurs, maçons, hydrologues allaient entreprendre ce que Jean Pellet qualifiait de « canaux héroïques », tant ils apparaissent comme suspendus. Après avoir construit ces canaux, certains atteignant 13 kilomètres, l’acte communautaire des copartageants se prolongeait dans la gestion de l’eau et l’entretien des canaux.

            Une belle histoire de ce pays de partage, prolongée par EDF qui a entrepris de bétonner certains canaux de renforcer les prises d’eau ou les aqueducs assurant le passage des ruisseaux. En Lozère, la commune de Pied de Borne s’est beaucoup investie dans la préservation de ce moyen d’irrigation. Mais l’exode rural, en raréfiant les bras disponibles pour l’entretien, a mis en péril ces aventures collectives. De la cinquantaine de canaux répertoriés autour de ces trois rivières, il reste seulement 7 canaux pour lesquels l’irrigation gravitaire ne constitue plus l’unique démarche.

Auditoire de Monsieur Maurin