Guillaume de Grimoard est né en 1310 à Grizac, près du Pont-de-Montvert. Fils d’Etienne de Grimoard et d’Amphélise de Montferrant, il est l’héritier d’une tradition de vertus chevaleresques et charitables autant que de piété. Sa mère, déconcertée un jour par des propos au-dessus de son âge lui dit : « Mon fils, je ne vous comprends pas, mais Dieu vous comprend ».

Lozérien attaché à ses origines et à sa terre, Guillaume de Grimoard, l’est resté même après être devenu, en 1362, le pape Urbain V, douzième pape français, sixième et avant-dernier pape d’Avignon. Au contact de ce terroir si rude mais si beau, le futur pape développe un goût prononcé pour la nature qu’il a manifesté plus tard en créant le verger à Avignon et les jardins du Vatican, à Rome.

Sa maison natale, le petit château de Grizac, superbement perché sur un éperon rocheux face au bois d’Altefage, appartient encore à son arrière petit-neveu, le marquis de Laubespin qui l’a restauré avec le précieux concours des Monuments Historiques. A une journée de marche, à Bédouès, on peut voir le petit oratoire, installé en 2015 par la municipalité représentant Urbain V devant la collégiale construite par le bienheureux pape pour y enterrer ses parents et un peu plus loin encore, la collégiale de Quézac également fondée par lui ainsi que le beau pont que l’on peut encore voir tel qu’il était. Aux marges ouest du département, la petite ville de Chirac n’a pas oublié le jeune homme qui a interrompu – provisoirement – de brillantes études de droit à Montpellier pour prendre l’habit bénédictin au monastère appelé aujourd’hui « le Monestier » et dont il reste encore la très belle église du XIVème. La cathédrale de Mende, construite une première fois par le pape Urbain V puis ravagée par un incendie est construite à nouveau par le persévérant pape qui ne verra cependant pas la fin du chantier. Sa statue monumentale en bronze domine le parvis et la place porte son nom.

Son souvenir reste vivant aussi dans les petites villes comme St Germain de Calberte où il avait créé l’un de ses Studium, sorte de collège. En effet, parallèlement à la création de grandes universités dans les villes (Cracovie, Vienne, Petz…), Urbain V, qui avait été un professeur de droit renommé, a institué et financé des petits internats pour adolescents dans les petites bourgades rurales : « Je conviens que tous ceux que je fais élever et que je soutiens ne serons pas ecclésiastiques. Beaucoup se feront religieux, les autres resteront dans le monde et deviendront pères de famille. Eh bien ! Quel que soit l’état qu’ils embrasseront, dussent-ils même exercer des professions à travaux manuels, il leur sera toujours utile d’avoir étudié ».  Il voulait en effet que chacun puisse s’instruire à la mesure de ses capacités sans en être empêché par des considérations financières ou sociales. Et toujours fidèle à son pays natal, il réservait à des garçons du diocèse de Mende, la majorité des places dans les collèges universitaires qu’il avait créés à Montpellier.

Autre bon souvenir pour les Lozériens : lors de son accession au trône pontifical, ce moine bénédictin, professeur de droit renommé et successivement père abbé de St Germain d’Auxerre et de la très grande abbaye St Victor de Marseille, refusa les présents que le roi de France, Jean le Bon, voulait faire à son père. Sur l’insistance du roi il demanda alors, comme présent, une exemption d’impôt à perpétuité pour les habitants des terres des Grimoard, c’est-à-dire de Grizac, Bellegarde, Bédouès et Montbel. Cette faveur retombait ainsi non pas sur sa famille mais sur plus pauvres qu’elle et dont il se sentait responsable. Ces terres s’appelèrent dès lors terre d’aubaine et l’exemption ne fut jamais remise en cause jusqu’à Louis XIII disent les uns, c’est-à-dire trois siècles plus tard, ou même à la Révolution assurent les autres.

Nous nous sommes volontairement limités ici à l’influence d’Urbain V en Lozère mais le rayonnement de ce saint pape bâtisseur, réformateur, fin juriste et diplomate, amis des arts et des lettres comme en a témoigné Pétrarque, pourtant ennemi des papes d’Avignon, était considérable. Pour en avoir une idée plus précise, il faut lire le livre d’Yves Chiron ou visiter la très intéressante exposition qui lui est consacrée chaque été au château de Grizac.

C’est dire si les Lozériens ont raison d’être attachés à cet illustre personnage qui, étant antérieur aux guerres de religion, a le mérite de rassembler les populations autour d’un patrimoine commun.

Sept cents ans n’ont pas effacé les vestiges et l’attachement pour ce pape bâtisseur. Ce patrimoine est très vivant grâce aux élus locaux et aux offices de tourisme qui ont à cœur de le mettre en valeur en collaboration avec l’association des Amis du Bienheureux pape Urbain V[1]. Celle-ci a créé, sur une idée d’abord de Roger Lagrave et puis sous l’impulsion dynamique et expérimentée et la direction de Jean-Paul Peytavin, un chemin de Grande Randonnée : Le Chemin Urbain V® (GR670®).  Quatre cents trente-cinq kilomètres, à parcourir en vingt-et-un jours, partant du Cantal, à la cathédrale de St-Flour, traversant la Lozère du Nord-Ouest au Sud-Est ainsi que le Gard avant d’arriver dans le Vaucluse, au palais des papes d’Avignon. Il permet de découvrir une partie admirable du patrimoine lozérien sur les pas d’Urbain V : l’Aubrac, la vallée du Lot, les causses, le Mont Lozère, les gorges du Tarn et les Cévennes. Des châteaux, des églises, collégiales ou cathédrale, des croix monumentales, des ruines, d’anciennes fermes, des points de vue à couper le souffle, des cascades impétueuses, des forêts sauvages, des sentiers pittoresques, une quarantaine de sites dont une bonne trentaine en Lozère.

[1] Siège social : Château de Grizac – 48220 Le Pont de Montvert. Tél. 06 66 84 65 72  cdgatellier@gmail.com.