La vie rurale en Margeride aux XIXe et XXe siècles

Le mercredi 5 février, Marie-Hélène Astruc était à nouveau l’invitée du CER BB. Elle a animé la deuxième partie de sa conférence consacrée à la vie rurale en Margeride aux XIXe et XXe siècles.

Après un court récapitulatif sur la période de l’Ancien Régime, le plan chronologique fut amorcé par la tourmente révolutionnaire qui, affectant l’Eglise, se répercutait sur le petit peuple des villages. D’autres conséquences, sur le mode de succession des oustas, liées au Code Civil ont été décrites : comment au long du XIXe siècle. Les maisonnées se sont adaptées, trouvant des stratagèmes afin de maintenir un héritier unique, de plus en plus souvent, le fils ainé. Comment les enrichis étaient toujours plus riches, à commencer par le rachat des biens nationaux, la constitution d’importants domaines et la pratique de l’usure, puis absorbant les oustas endettés, les plus pauvres toujours plus pauvres et toujours plus nombreux.

1850, la misère est grande, de nombreux vagabonds errent par les chemins, sans autre ressource que le brigandage. La violence, nourrie de rancœurs, déborde les oustas et déstabilise l’ordre de la communauté villageoise.

La Charité avec ses hospices et les investissements du département viennent en aide aux plus miséreux, surtout aux femmes. D’autres aspects du quotidien ont été abordés : l’instruction, les foires, la conscription, la justice, le placement des enfants, la langue, le patois.

Enfin, la construction du chemin de fer, du viaduc de Garabit, la plantation de forêts, apportent un revenu à beaucoup. On constate une transformation de la vie agricole, la laine ne rapporte plus, même si on produit encore les draps de laine, on s’oriente vers la production de viande, grâce au train, on va l’exporter vers les villes qui attirent le peuple des campagnes.

L’exode rural s’intensifie, on part surtout vers Paris, un exode saisonnier dans un premier temps, à la belle saison, on revient aider à la ferme et pour passer les fêtes de Noël en famille. C’est la Belle Epoque, les grands évènements de la capitale sont évoqués, les émigrés ramènent de l’argent au pays mais aussi la joie de vivre et le dynamisme. On va danser, on se lave pour la première fois, intégralement, à la rivière, on organise des banquets, des photos immortalisent le visage des anciens et les grands évènements.

La Lozère paie un lourd tribu lors de la première guerre mondiale. Des années très éprouvantes se succèdent. Les bureaux de bienfaisance apportent leur aide aux plus démunis.

Il faudra attendre les années 1970 pour constater une amorce de progrès alors que l’on atèle encore les vaches au joug. L’eau courante arrive au village. Avec les CUMA, on mutualise le matériel, la modernisation de l’agriculture, bien tardive, est en bonne voie. Développement du tourisme, la SELO en est le moteur. La baisse démographique se poursuit jusqu’en 1990. Les petits oustas n’ont plus de successeur motivé. Le paysan devient exploitant agricole.

C’est par un moment d’émotion que la conférencière a clôturé son discours en apportant quelques témoignages, extraits de lettres ou d’un journal intime, des mots touchants qui ont transporté le public dans l’intimité du vécu de ses aïeules au début du XXe siècle.

Marie-Hélène Astruc, conférencière