Prenant appui sur ses traductions de Rachel (éd. Arfuyen) et de Jeanne Tsatsos (éd. Le Bois d’Orion), Bernard Grasset, le conférencier, a présenté la vie et l’œuvre de ces deux poétesses, l’une de langue hébraïque, l’autre de langue grecque. Le fil conducteur était leur commune recherche de la lumière. Rachel Blaustein, connue sous le simple prénom de Rachel, est née en 1890 en Russie, dans une famille attachée à la culture (philosophie, musique, littérature), et est morte en 1931 à Tel-Aviv. Elle rêve d’abord de devenir peintre, puis, après un voyage en Palestine en 1909, paysanne. En 1913, elle part étudier l’agronomie à Toulouse. Contrainte par la guerre de regagner en 1916 la Russie, elle se met au service d’enfants pauvres. Quand, en 1919, elle retourne en Palestine, elle se trouve atteinte par la tuberculose. Le caractère contagieux de sa maladie conduit les responsables du kibboutz de Degania à lui demander de partir. Pour subsister, elle enseigne l’agronomie et l’hébreu. Se sachant condamnée à mourir jeune, elle écrit de la poésie. C’est sa troisième et dernière vocation, la plus belle. Celle qui fera d’elle une grande pionnière de la poésie hébraïque contemporaine. Ses poèmes, que l’on apprend à l’école, s’apparentent à des chants et plusieurs ont été mis en chansons. L’écriture de Rachel, auteure de trois recueils, est tournée vers le bleu de Tibériade, symbole de l’infini.
Jeanne Tsatsos est née à Smyrne en 1902 en Ionie. Suite à la guerre avec la Turquie, elle doit reprendre racine à Athènes où elle mourra en 2000. Son père était un juriste de rang international, sa mère, une femme très généreuse, son frère aîné, Georges Séféris, recevra le Prix Nobel de littérature et son mari, Constantin Tsatsos, sera Président de la République grecque. Sous l’Occupation, Jeanne devient une grande figure de la Résistance. Elle sera plus tard reconnue Juste parmi les Nations pour avoir sauvé des Juifs. Pendant la dictature, elle n’hésite pas à protester. Combattant pour le droit de vote des femmes, elle s’engage dans l’action sociale. Mère de deux enfants, elle a près de soixante ans lorsque paraît en 1968 Paroles du silence, son premier recueil. Le douzième et dernier, Lumière dans l’obscurité, sera publié en 1992 alors qu’elle est âgée de 83 ans. Jeanne Tsatsos est aussi l’auteure, entre autres, d’un Journal de l’Occupation, d’une belle biographie consacrée à son frère Georges Séféris. Au centre de son existence, elle mettra l’amour.
Nourries par la lecture de la Bible, Rachel et Jeanne Tsatsos, attentives à l’homme et sa condition, peintres du cœur, ont été toutes deux, avec un style simple et profond, des poètes de la lumière.

