La légende météorologique des « Jours de la vieille » et la légende de « la Vieille Morte » en Cévennes

       Le mercredi 28 mai, veille du week-end de l’Ascension, plus d’une cinquantaine de personnes se sont rendues à la salle Jean Jaurès pour assister à une conférence donnée par Jean Fossard sur deux légendes associées au personnage mythologique de la Vieille. Cette conférence fait suite à celle d’octobre 2024 sur le mégalithisme en Lozère et elle se poursuivra en fin d’année par une conférence sur « l’influence de la Vieille dans la toponymie et la mythologie grecques ».

       À l’aide d’illustrations issues de l’Intelligence Artificielle, Jean Fossard a, dans un premier temps, évoqué les « Jours de la Vieille ». Cette légende dont les origines remontent à la Préhistoire est connue dans tout le Bassin méditerranéen, du Maghreb jusqu’en Iran en passant par … la Lozère. Cependant, la forme sous laquelle elle se présente est postérieure au calendrier romain et a pour origine le désir d’expliquer pourquoi Février est si court et Mars si long. L’histoire est simple : une vieille bergère va mener son troupeau sur la montagne alors que l’hiver n’est pas encore terminé. Cette sortie prématurée est un affront pour les dieux.

       Mars va emprunter 3 jours de froid à son frère Février et avec 4 des siens (7 jours au total – les Jours de la Vieille), il va déchaîner un froid terrible qui va pétrifier la Vieille. C’est la raison pour laquelle Février n’a que 28 jours ; Mars lui a emprunté 3 jours, mais il ne les lui a pas rendus. Cette légende a de nombreuses variantes. En Grèce, par exemple, plusieurs montagnes anthropomorphes sont appelées « la Vieille Pétrifiée ». Sur l’Aubrac, en Cévennes et sur le Mont-Lozère, Mars emprunte, non pas des jours à Février, mais trois jours à Avril, et la Vieille échappe à la pétrification en mettant sa tête dans un tas de fumier et en montrant son derrière aux dieux courroucés. Dans les journaux météorologiques télévisés italiens cette légende (I Giorni della Vecchia) est évoquée dès qu’il se produit un retour du froid dans les trois derniers jours de Mars.

       Jean Fossard a ensuite évoqué « la légende de la Vieille Morte » ; une légende très répandue en Cévennes. Là aussi, l’histoire est assez simple : une très vieille femme des environs de Saint-Germain-de-Calberte met au monde un bébé et elle est aussitôt rejetée par sa communauté. Elle erre dans la montagne et rencontre la fée du Mont-Mars. Celle-ci, pour la punir, va l’obliger à porter un menhir jusqu’à ce que mort s’ensuive. Sur une trentaine de kilomètres et sur différentes communes, de nombreux endroits gardent le souvenir du passage de la Vieille et notamment celui de la mort de son bébé au Plan d’Enfant Mort (Plan de Fontmort). La Peiro de la Vièio, quant à elle, se trouve sur la commune de Saint-Étienne-Vallée-Française ; et le corps de la Vieille repose quelque part sur la Montagne de la Vieille Morte.

       Soulignons que la fille de Numa Bastide, érudit cévenol qui fut dans les années 1970 l’un des promoteurs de cette légende (avec Marceau Lapierre en 1937), a assisté à la conférence de Jean Fossard. Soulignons également que plusieurs participants ont donné des informations inédites au conférencier sur le personnage de la Vieille en Lozère et qu’une exposition photos sur ce thème devrait se tenir courant juillet-août dans la salle communale des Bondons dans le cadre des animations du foyer rural.

Jean Fossard, conférencier