Le 18 juin, une excursion du CER a réuni 53 participants pour une découverte du château du Tournel, combinant géologie, analyse de paysage, patrimoine historique Lozérien et visite de la carrière de lauzes du Tournel. L’intérêt géologique et géographique de ce site a été commenté et expliqué par deux intervenants, Alain Jacquet, professeur agrégé au Lycée Peytavin et Jacques Malavieille, Directeur de recherche émérite au CNRS. Cette région permet de montrer que parmi les évènements majeurs qui se sont produits au cours des 600 millions d’années d’histoire géologique enregistrés dans les roches de notre région, celui faisant l’objet de notre étude, le plus ancien, se produit pendant l’ère primaire (au paléozoïque). Il correspond à l’orogenèse hercynienne, active entre – 400 et – 250 Millions d’années. Pendant ce cycle orogénique, la fermeture de différents domaines océaniques va donner lieu à une collision entre plusieurs blocs continentaux. Une vaste chaîne de montagnes de 5 000 km de long qui devait ressembler à l’Himalaya s’étend alors de l’Oural en Russie aux Appalaches en Amérique du Nord. Ce rapprochement aboutit à la formation d’une longue ceinture de hauts reliefs dont l’altitude frise les 5 000 mètres.
Le sud du Massif Central actuel, expose un segment important de cette ancienne chaîne de montagnes dont les roches issues des zones profondes de la croûte ont été mises à la surface par l’érosion et d’autres processus qui marquent la fin de l’orogenèse jusqu’à la pénéplanation (disparition des reliefs). Le Château du Tournel repose sur des formations rocheuses issues de cette histoire géologique, dans un domaine où la structure profonde de la chaîne Hercynienne a été portée à l’affleurement. La balade nous a permis d’observer des roches anciennes (des schistes), déformées et métamorphisées (roches transformées par la déformation et l’augmentation de température et de pression lors de leur enfouissement). Elles représentent l’encaissant (roche hôte) des massifs
Le volet patrimonial a été présentée par Isabelle Darnas, conservatrice en chef du Patrimoine de Lozère, qui nous a conté l’histoire médiévale du Château, complétée en fin de journée par une visite de la magnifique chapelle de Saint Julien du Tournel, qui renferme d’exceptionnelles peintures murales du XVIIe siècle, entièrement restaurées. Majestueux sur son éperon rocheux, ce château, ancienne baronnie du Tournel construit par Odilon Guérin, domine un méandre du Lot… Cet ensemble, composé de : réduit, donjon, tour, logis, chapelle, comporte des systèmes de défense très élaboré. Les guerres successives font que la forteresse se renforce avec la construction de la tour ronde. Au 16° siècle, les troupes protestantes de Merle s’emparent du Château, la forteresse est laissée à un régisseur, le baron ne venant sur ses terres que pour recevoir l’hommage de ses sujets, mais également rendre la justice. Les travaux de consolidation et de valorisation ont permis de sauver ce bel emblème de la vallée du Lot.
Dans l’après-midi, nous avons eu la chance de visiter la carrière de lauzes du Tournel. Le propriétaire et exploitant David Rocher nous a présenté son exploitation située à flanc de montagne au nord du mont Lozère entre Cévennes et Gévaudan. De ce site exceptionnel qui existe depuis le moyen âge, est extrait le schiste du Tournel, très résistant, qui donnera après beaucoup de travail, les magnifiques lauzes qui couvrent nos toitures.
En fin de journée, un dernier arrêt en bord de route avant Sainte-Hélène nous permet de présenter un affleurement très pédagogique qui explique les mécanismes de formation des chaos rocheux caractéristiques de nos paysages lozériens. On y voit les boules de granite sain se dessiner au sein de plusieurs mètres de roche altérée. La fracturation mécanique du granite a produit de grandes diaclases dans lesquelles l’eau a circulé favorisant et guidant le travail d’érosion par altération chimique… La mise au jour de ces roches à la faveur de cette tranchée routière permet l’évacuation des restes de granite altéré, l’arène granitique ne laissant en place que les empilements de boules. Cet affleurement est également un superbe exemple d’une structure caractéristique de l’histoire géologique de la Lozère ; la visualisation du contact entre le socle ancien hercynien érodé formant une pénéplaine et la couverture de sédiments calcaires marins qui vient les recouvrir au secondaire. C’est une très belle discordance.

