L’expédition de Bonaparte en Égypte, des rêves à la réalité

Le CER BB avait convié Marc Blanchard, inspecteur d’académie en retraite, pour animer une conférence face à une centaine de participants environ.

La campagne d’Egypte constitue l’épisode le plus déroutant de l’épopée napoléonienne.

En mars 1798, après la campagne d’Italie, Bonaparte rentre en France auréolé de gloire et propose au Directoire la conquête de l’Egypte pour couper la route entre l’Angleterre (encore en guerre) et les Indes. Il rassemble une flotte qui appareille de Toulon le 19 mai 1798 ainsi que d’autres ports de la région avec 40 000 soldats et 16 000 marins. Il emmène également 167 savants parmi les meilleurs de l’époque. Les officiers de marine promus pour pallier l’émigration massive des cadres de la Marine dès le début de la Révolution ne valent pas les militaires tels Kléber, Desaix ou d’autres futurs maréchaux.

La flotte parvient à Malte le 9 juin que Bonaparte conquiert sur le champ. Pendant ce temps, Nelson à la tête d’une flotte anglaise part des Baléares à la chasse de la flotte française. Plus rapides, les Anglais arrivent à Alexandrie et en repartent avant que les Français n’arrivent. Bonaparte débarque le 2 juillet et conquiert Alexandrie, la flotte française s’installe à Aboukir à 25 km de là.

Pour parvenir au Caire, les Français parcourent péniblement 220 km dans le désert. Après une première bataille contre les Mamelouks, alors maîtres de l’Egypte,  l’armée parvient sur le plateau des Pyramides où une seconde bataille se déroule. Les Mamelouks finissent par s’enfuir. Bonaparte est maître du Caire.

Toutefois, Nelson retrouve la flotte française à Aboukir, le 1er août. Une terrible bataille navale s’engage où les Français sont totalement défaits. Ils sont désormais prisonniers dans leur conquête. Pour desserrer l’étau qui cerne les Français, Desaix est envoyé au sud à la poursuite des Mamelouks et Bonaparte décide d’aller conquérir le Proche-Orient. Après plusieurs succès obtenus avec difficultés, il butte sur Saint-Jean-d’Acre et est contraint de retourner au Caire mi-juin 1799. Peu après a lieu la découverte de la pierre de Rosette lors de travaux de fortification.

Sans avenir en Egypte Bonaparte la quitte dans la nuit du 23 août pour rejoindre la France. Il laisse le commandement à Kléber qui rétablit une situation compromise en réorganisant l’armée. Le pays se calme, les savants s’adonnent à l’archéologie. Tout est pour le mieux pour les Français. Hélas le 14 juin, un fanatique musulman poignarde à mort Kléber. Le général Menou est désigné pour le remplacer. Ce dernier est un piètre commandant et il capitule le 31 août 1801. Les Anglais organisent le rapatriement de tous les Français encore sur place. De retour en France, les savants publient la « Description de l’Egypte », fruit de leurs observations et études.

L’apport d’idées nouvelles lors de la présence des Français est à l’origine d’une amitié durable entre la France et l’Egypte. Elle s’est manifestée sous le règne du vice-roi Mohamed Ali, par le don de l’obélisque de la Concorde, le percement de l’isthme de Suez avec Ferdinand de Lesseps, la création d’une cinquantaine d’établissements scolaires francophones et récemment d’une université également francophone qui rencontre un réel succès.

Voilà donc une campagne militaire à l’origine de l’archéologie en général et de l’égyptologie en particulier, d’une amitié séculaire entre nos deux pays. C’est donc une défaite militaire au bilan singulièrement positif.

 


Auditoire de Monsieur Blanchard